Pourquoi est-ce si difficile ?

J’ai envoyé le lien de mon précédent billet à mon député (LREM) pour l’interpeller. Sa dernière lettre d’information électronique était en effet titrée : « Contre le coronavirus, un mot d’ordre : la solidarité ! ». « Chiche ? » Lui ai-je écrit. « Voici comment agit l’Exécutif. Exercez votre contrôle ! »

Par son assistant parlementaire, il m’a répondu. Il me dit qu’en effet, la solidarité est « la valeur socle » contre une épidémie, que cette crise sera peut-être « l’occasion pour lui de s’engager sur un nouveau sujet » et m’invite pour cela, « à le recontacter, une fois que tout cela sera derrière nous, pour échanger sur ce sujet de la plus haute importance ».

Tant mieux pour cette proposition. Mais.

Voici ma réponse résumée mais avec des actualisations entre crochets. Elle montre la suite du feuilleton rétention-prison, hélas édifiante : ça vaut la peine.

Et je place une question en conclusion.


M. l’assistant parlementaire,

[…]

1. C’est maintenant qu’il faut fermer les CRA. C’est maintenant que la contagion y a lieu, en chambrées et restauration collectives, comme c’était totalement prévisible, et avec eux la révolte. Il s’ajoute des dysfonctionnements faute de personnel et de matériel (WC bouchés que plus personne ne vient déboucher etc.). La réponse est policière. Lisez cet article en accès libre :
https://www.bondyblog.fr/societe/migrations/au-cra-du-mesnil-amelot-une-revolte-pour-la-survie/
Lire ceci me remplit de honte et de révolte. Lire la suite de « Pourquoi est-ce si difficile ? »

Fermer les CRA ? Revoyons au ralenti

Voici des nouvelles de la fermeture des Centres de Rétention.

Sur cet exemple, je vous propose de voir une action au ralenti, comme au sport à la télé. C’est très instructif car très typique.

Une requête en référé (≃en urgence) a été introduite au Conseil d’État par des associations pour demander la fermeture des CRA, pour motif sanitaire (aucune mesure n’y est respectée, ce sont des lieux de promiscuité et des foyers de contagion, les expulsions justifiant l’enfermement sont pour la plupart devenues impossibles, celles qui le sont contreviennent aux demandes de l’Organisation Mondiale de la Santé pour limiter la propagation du virus. Pourtant de nombreux préfets continuent d’y enfermer ou maintenir des gens. Vous pouvez trouver un peu plus de détail sur le site du gisti).

L’audience était hier jeudi 26. La requête vient d’être rejetée. Il n’est pas illégal que les centres continuent de fonctionner, leur fermeture reste une décision politique. C’est sur cette dernière dimension que porte ce billet. Lire la suite de « Fermer les CRA ? Revoyons au ralenti »

Et bonne santé !

Le gouvernement souhaite une bonne année aux demandeuses et demandeurs d’asile. Et surtout, la santé !

À partir d’aujourd’hui leur couverture santé ne débutera qu’après un délai de 3 mois, suite à un décret d’avant-hier (dont voici le texte mais il faut arpenter le Code de la Sécurité Sociale pour comprendre).

Ce sont des gens souvent abîmés. Que les soignants retrouveront trois mois plus tard, dans un état pire.

Rien ne justifie ça.

La santé publique en pâtira. Les urgences sont engorgées ? Les finances des hôpitaux difficiles ? Elles le seront davantage. Des contagions évitables ne seront pas évitées. Il faut savoir faire des sacrifices pour faire mal aux indésirables.

De nombreux soignants ont protesté contre ce projet (et un autre, voisin). Trente-deux associations (dont MSF, MDM) ont solennellement communiqué ici  et près de 6000 personnels de soin ont signé .

Le gouvernement ne leur a apporté aucune réponse et, le 30 décembre, a publié le décret laconique.
Il est du racisme pur. La honte, la honte.

En outre il dit au Front National* : vous avez raison. Ces gens sont une menace et une charge.
Ce sont juste des humains. Le décret dit : ils ne méritent pas d’être traités comme tels.

Accréditer les mensonges du FN produira un gagnant : le FN.

NB 1. Trois mois, c’est le temps dont ces gens disposent pour construire leur dossier de demande d’asile. Ils le feront désormais sans accès aux soins. Et si leur santé, physique, mentale, est mauvaise ? Qu’ils crèvent.

NB 2. Le décret contrevient probablement au droit européen de l’asile, qui prévoit un accès à des soins (le gouvernement, cette zone de non-droit). Il sera contesté.

Bonne année. Et bonne santé** !

*Rassemblement National depuis un an et demi.
**Offre limitée à certaines catégories de personnes. Voir conditions en préfecture.

Sauvez l’OIP. Soutenez l’OIP.

Image : une prison française, la maison centrale de Vendin-le-Vieil. Que se passe-t-il derrière ces murs ? Photo Jérémy-Günther-Heinz Jähnick, GNU free documentation license.

L’Observatoire International des Prisons, section française, est en grande difficulté financière, suite à arrêt de financement de plusieurs régions françaises, et du gouvernement via l’Agence Nationale de la Cohésion des Territoires. Il a besoin de 150 000 € par an pour survivre. Je ne peux concevoir que cette association meure. Elle est d’utilité publique.

L’OIP informe : il est un regard extérieur exigeant sur nos prisons. Il évite que ce qui s’y passe reste en dehors des radars de notre société. Plus largement, il aiguillonne le débat public, apportant une expertise particulière qui ne se trouve pas ailleurs.

L’OIP défend les droits des détenus. Quantités d’avancées du droit, ou de respects effectifs de droits auparavant théoriques, lui sont dus.

L’OIP est une ressource pour les prisonniers et l’ensemble des personnes travaillant dans les prisons et autour d’elles. Il a bâti une très grande expertise juridique et pratique.

Sa disparition serait une catastrophe pour la Justice et les prisons françaises, et donc pour notre société.

Voici des liens à l’appui de ce que je dis.

Guillaume Didier, magistrat, porte-parole du ministère de la Justice sous Rachida Dati :

L’Observatoire International des Prisons, j’en témoigne, ce sont des emmerdeurs !
Mais en fait, les emmerdeurs on en a besoin. (6 nov. 2019)

(6 nov. 2019, source)

Lire la suite de « Sauvez l’OIP. Soutenez l’OIP. »

Personnalités « pro-migrants ». Lettre à RFI.

Voici encore une réflexion de vocabulaire, cette fois sur le qualificatif « pro-migrants », utilisé entre autres par RFI. J’ai écrit à la chaîne.


Madame, monsieur,

Je vous écris pour transmettre à votre chaîne une réaction à l’usage du terme « pro-migrants » pour qualifier le haut fonctionnaire allemand Walter Lübcke ou d’autres personnalités politiques de ce pays, dans le titre de trois de vos pages internet d’informations, et dans le texte même de la deuxième :

http://www.rfi.fr/europe/20190620-allemagne-deux-maires-pro-migrants-menaces-mort

http://www.rfi.fr/contenu/ticker/meurtre-elu-pro-migrants-signal-alarme-toute-allemagne-gouvernement

http://www.rfi.fr/europe/20190626-allemagne-neonazi-avoue-meurtre-elu-cdu-pro-migrants-lubcke

Ce terme est le vocabulaire, la catégorie de pensée, de l’extrême droite, celle-là même qui les menace, les blesse ou les tue. (C’est du moins ceux de l’extrême droite française ; j’ignore si le mot a un équivalent germanique, et votre site s’adresse au lectorat francophone. Selon le type de prise de parole, elle utilise le mot plus lisse « pro-migrants » ou le mot plus explicitement hostile « immigrationnistes ».)

Ou alors, montrez s’il vous plaît que ces personnes attaquées ou menacées se qualifiaient elles-mêmes ainsi. Lire la suite de « Personnalités « pro-migrants ». Lettre à RFI. »

« Crise » des « migrants » ?

Avec la sortie de la série Eden produite par Arte, j’ai écrit à la chaîne une réflexion sur l’expression « crise des migrants » qu’elle utilise pour sa promotion. C’était aussi l’occasion de mettre par écrit ce que j’avais en tête, tant cette expression me gêne. J’y explique pourquoi.


à l’attention de la production de la série Eden

Bonjour,

Je salue la série Eden, qu’Arte a produite. Mais votre communication à son sujet me fait réagir, et je me permets de vous faire partager ma réflexion. Vous la présentez comme une série sur la « crise migratoire » ou « des migrants ». C’est repris par toute la presse.

Or le réalisateur Dominik Moll lui-même, reçu à l’Instant M sur France Inter hier, rectifie d’emblée Dorothée Barba qui commence à l’interroger : « J’ai toujours du mal avec ce terme de crise des migrants ou crise des réfugiés parce que ça donne l’impression que c’est de la faute des migrants ou réfugiés alors que ce n’est pas vraiment le cas. » Je le rejoins complètement et suis systématiquement mal à l’aise avec ce langage : « crise » et « migrants ». En effet, ce vocabulaire tord la réalité.

Le mot « migrant » existe depuis longtemps. C’est une personne qui a quitté son pays (de naissance ou de nationalité) pour vivre dans un autre, autrement que pour un bref séjour1. Et des migrants, il y en a partout au monde, des millions. Ce sont collègues de travail, amis, famille. Ou nous-mêmes. C’est la marche du monde. La normalité banale. Mais voilà que nous dénions à une petite part des candidats à la migration le droit légal de le faire. Alors, plutôt que d’entrer dans cette marche normale du monde, ils sont réduits à des moyens de fortune pour parvenir à leur but. Des images d’eux s’étalent aux journaux télévisés, entassés sur des canots comme s’ils étaient une masse de misère, ou bien simplement des images de leurs cadavres. Ils s’accumulent sur nos trottoirs —en effet on ne leur donne ni droit au travail, ni logement, et parfois même pas l’allocation de quelques centaines d’euros par mois à laquelle ils ont droit s’ils demandent l’asile—, donnant l’impression de constituer une masse distincte de « nous », de la normalité banale. Au lieu de venir par avion, en conservant leurs moyens financiers, inférieurs aux nôtres mais loin d’être nuls, ils ont été réduits à la misère par un voyage dur, dangereux et ruineux. Nous créons leur misère, dont nous avons ensuite l’impression qu’elle vient nous tomber dessus. Nous créons l’impression, sincère chez beaucoup de gens, d’une « crise des migrants ». Et mon Dieu, certes-il-faut-être-humain-mais-c’est-un-grave-problème-à-affronter. Lire la suite de « « Crise » des « migrants » ? »

« Si vous voulez la loi, allez en Angleterre »

C’est ce que répond un officier de police (CRS), capté dans cette brève vidéo, à une bénévole anglaise à Calais

Je ne sais pas si l’Angleterre respecte ses propres lois, envers les étrangers1. Mais la réplique de ce policier a le mérite de dire franchement le comportement de notre pays envers eux : piétiner la loi est courant, quand ce n’est pas simplement la consigne. Ce n’est pas formel : c’est très grave, abîme et tue des gens.

Je vous en propose une consternante chronique : ce qui se passe doit être répercuté. Il m’a suffi de m’informer régulièrement pour la dresser. Écrire ce billet était également un moyen de faire comprendre à mes proches de quoi je parle quand j’évoque le comportement de notre pays envers les étrangers. Je n’aborde pas ici le projet de loi infâme qui sera définitivement adopté sans doute le 1er août (ci ça vous intéresse voyez ici, et plus brièvement ma lettre à mon député, si vous avez envie d’écrire aujourd’hui au/à la vôtre et voulez des idées).

De votre côté, c’est l’été, peut-être avez-vous un peu de temps. Installez-vous alors et faites ce petit voyage dans la « patrie des Droits de l’Homme » ; proposez-le à vos proches si vous l’avez trouvé utile. Je renvoie à des liens pour les sources et les détails.

Il est incompréhensible qu’aucun des faits suivants n’ait suscité un scandale national. Lire la suite de « « Si vous voulez la loi, allez en Angleterre » »